Saeedah Mohammed, une déplacée yéménite, nourrit ses petits-enfants avec des feuilles bouillies dans leur tente du camp d'Al-Manij, près de Taëz, dans le sud ouest du Yémen, le 21 mai 2026 ( AFP / Ahmed al-Basha )
Faute d'aide alimentaire, Saeedah Mohammed part avec un sac plastique cueillir des feuilles de Halas, un arbre local, à l'orée de son camp de déplacés dans le sud du Yémen. Elle les sert ensuite à ses petits-enfants pour tromper la faim.
Derrière les tentes, le contraste frappe immédiatement: au loin, des collines arborées s'étendent sous un ciel limpide, tandis qu'au sol, une terre jaunie et caillouteuse est jonchée de détritus.
Un petit-fils de Saeedah Mohammed, déplacée avec sa famille dans le camp d'Al-Manij, dans le sud-ouest du Yémen, dort dans la tente familiale de fortune, le 21 mai 2026 ( AFP / Ahmed al-Basha )
Au milieu des ordures et du dénuement, la vie quotidienne s'organise tant bien que mal. Des vêtements usés sèchent sur des cordes tendues entre des arbres chétifs. Deux vieux pneus abandonnés reposent dans la poussière.
Dans le camp de déplacés d'Al-Manij, près de Taëz, Saeedah Mohammed vit sous une tente de fortune avec ses deux filles divorcées et leurs six enfants. L'aide alimentaire du Programme alimentaire mondial (PAM), dont dépendait sa famille, s'est arrêtée il y a plus de six mois.
Alors, cette femme de 65 ans au visage marqué, en partie voilé par un foulard rose fuchsia, ramasse des feuilles qu'elle glisse dans un sac plastique. De retour à la tente, elle met sa cueillette dans un seau et y verse l'eau d'un bidon.
Saeedah Mohammed, une déplacée yéménite, cuille des feuilles de Halas, un arbre local, pour nourrir sa famille, dans le camp d'Al-Manij prês de Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, le 21 mai 2026 ( AFP / Ahmed al-Basha )
Pour la cuisson, elle improvise un foyer avec quelques branches et des pierres. "J'ajoute un peu de sel et je les fais bouillir jusqu'à ce qu'elles ramollissent, puis je les écrase et je les donne aux enfants pour apaiser un peu leur faim", raconte-t-elle à l'AFP.
Sa tente de fortune est percée d'un trou par lequel sa petite-fille passe une tête rieuse, sous le regard amusé de ses frères et soeurs.
Une fois prêtes, les feuilles bouillies sont apportées sur un vieux plateau dans lequel les enfants piochent en silence, assis à même le sol. Ils n'ont pas mangé de viande depuis si longtemps qu'ils en ont "oublié le goût", souffle leur grand-mère.
Ce régime leur provoque des diarrhées mais elle n'a pas le choix: "On dort le ventre vide, on se réveille sans petit-déjeuner. On n'a rien. Ni sucre, ni farine".
- 4,5 millions de déplacés -
Une petit-fille (G) de Saeedah Mohammed, déplacée avec sa famille dans le camp d'Al-Manij, près de Taëz, dans le sud-ouest du Yémen, la regarde préparer à manger devant leur abri de fortune, le 21 mai 2026 ( AFP / Ahmed al-Basha )
Le Yémen, pays le plus pauvre de la péninsule arabique, a été ravagé par plus d'une décennie de guerre civile, qui a déplacé au moins 4,5 millions de personnes et provoqué une crise humanitaire majeure.
Alors que les financements humanitaires ne cessent de diminuer, Saeedah Mohammed et ses deux filles mendient pour acheter du pain, récupèrent les restes dans les restaurants ou se contentent de feuilles.
Dans le camp de déplacés d'Al-Manij, dans le sud-ouest du Yémen, où plus d'une décennie de guerre civile a provoqué une grave crise humanitaire, le 21 mai 2026 ( AFP / Ahmed al-Basha )
"Plus personne ne vient nous voir (...). Les gens nous ont oubliés, comme si nous n'existions pas", lâche la vieille dame.
Elle a fui son village sous les bombardements en 2015. Sa maison comme son troupeau ont été confisqués par des combattants.

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